Luttes autochtones au Québec : défendre le Nitassinan par la désobéissance

Nitassinan (notre terre) est employé par plusieurs nations autochtones pour nommer leur territoire. L’emplacement et les limites du Nitassinan varient donc d’une nation à l’autre, mais désigne toujours un territoire vital, de chasse, de pêche et de liberté, étroitement relié à la survie culturelle et matérielle des autochtone. L’exploitation des ressources naturelles selon un modèle capitaliste et impérialiste, de même que le militarisme, sont des menaces récurrentes pour ces peuples à qui on reconnaît bien peu le droit à l’autodétermination!

 

Contre la militarisation du Nitassinan Innu

Dans les années 1980, des vols d’essai d’avions militaires supersoniques à très basse altitude (moins de 30 mètres du sol) ont été l’objet d’une lutte nonviolente impressionnante menée par la nation Innue. Les vols-test perturbaient déjà gravement la faune et la vie des Innus dans le Nitassinan quand le projet de transformation d’une base militaire canadienne en base permanente de l’OTAN sur le territoire donna le ton pour les années à venir : la quantité de vols d’essai allait décupler, et l’OTAN pratiquerait aussi des simulations de bombardement sur le territoire. Tout se tramait en fait comme si les États occidentaux militaristes avaient décidé d’ignorer délibérément et totalement l’existence des communautés de cette région, ajoutant l’insulte à l’injure.

Les Innus ont donc lancé en 1988 une campagne de désobéissance civile pour contrer le projet de l’OTAN et du gouvernement canadien. Des dizaines d’adultes, de vieillard-E-s et d’enfants participèrent à une série d’occupations de la base militaire de Goose Bay et des pistes de décollage, attirant l’attention sur leur lutte et recueillant des appuis à travers le Québec. Puis eurent lieu en 1989 un blocage du pont Mackenzie à Ottawa ainsi qu’un blocage du ministère de la Défense, en plus de manifestations. Durant ce mouvement de résistance, à travers les différentes actions de désobéissance et de perturbation, quelques 470 Innu-E-s furent arrêté-E-s et accusé-E-s d’actes criminels, dont de nombreux enfants! Loin d’être découragée par la répression et la criminalisation, la nation Innue a lutté jusqu’au moment où le projet de l’OTAN fut abandonné, la fin de la Guerre Froide remettant la pertinence des essais aériens en cause (selon la version officielle).

 « Le gouvernement canadien nous dit qu’on doit faire des compromis. Les chambres de commerce nous disent qu’on doit faire des compromis. Autrement, on nous accuse d’être égoïstes. Nous pensons avoir fait suffisamment de compromis! […] Comme les populations autochtones partout dans le monde, notre culture et notre économie distinctes sont écrasées par un ordre industriel incroyablement vorace et irresponsable. » (Daniel Ashini, chef de bande de Sheshatshit 1991)

 

La lutte des Atikamekws : actions directes en 2012

La question des droits des Atikamekws sur leur territoire fait l’objet d’une lutte depuis maintenant plus de 30 ans. De négociation en négociation, ce peuple n’a jamais obtenu le droit de gérer son territoire qui devrait pourtant être respecté en vertu de la loi et du droit international. Les récentes coupures dans les programmes sociaux et les projets d’exploitation des ressources naturelles du gouvernement Charest n’ont pas manqué d’accentuer l’indignation de cette nation. Le 25 juin 2012 a donc marqué le début du blocage de l’exploitation forestière dans le Nitassinan, notamment celui de l’entreprise Kruger qui exerce ses activités sans le consentement des Atikamekws, ainsi que le blocage d’une voix ferroviaire du CN qui transporte le bois. « Il en aura donc fallu beaucoup pour nous faire sortir de nos gonds et ériger des barricades. Face à l’intransigeance de l’entreprise et au laxisme du gouvernement québécois à répondre à nos demandes légitimes, nous n’avons pas d’autres choix que de prendre de telles mesures », précisait le Chef de Wemotaci, David Boivin, communiqué de presse du 4 juillet 2012.

La nation Atikamekw exige de négocier avec le gouvernement provincial dans le but de pouvoir participer à la gestion du territoire et des ressources naturelles ainsi que pour obtenir des redevances sur l’exploitation de ces ressources. Les blocages ont été levés le 10 juillet, la nation acceptant de suspendre les pressions sur le gouvernement le temps d’importantes négociations, mais promettant de reprendre la lutte si leurs revendications continuent d’être ignorées.

 

« Notre peuple a longtemps fait l’objet de préjudices. Nous avons subi la sédentarisation forcée, les pensionnats indiens, l’exploitation de nos terres et ressources sans notre consentement ; surtout, nous avons souvent été trompés par des promesses non tenues. Je suis fière de la persévérance de mon peuple et de sa détermination à mener des actions parfois radicales pour faire respecter nos droits.» Grande Cheffe Eva Ottawa (Conseil de la Nation Atikamekw).

 

Tout indique que dans l’ordre économique actuel, les gouvernements et les corporations n’ont aucun intérêt à consulter ces populations déjà marginalisées ou à reconnaître leur droit à l’autodétermination… Ces deux luttes de défense du Nitassinan ne sont qu’un exemple ; une quantité phénoménale de combats nonviolents sont menés par les peuples autochtones d’ici et d’ailleurs pour la reconnaissance de leurs droits et la protection de leurs territoires contre les industries extractive et forestière.

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